Gayant de Douai


Un des personnages les plus caractéristiques des fétes de Flandre est le Géant.
A Douai, les membres de la famille Gayant sont promenés par leurs porteurs dans les rues de la ville, selon un rite immuable. Les comptes communaux de Douai font état en 1530 de dépenses occasionnées pour l'entretien d'un géant. Pourtant, il semble que Gayant n'ait jamais existé, même si dans cette légende, il meurt en défendant sa ville contre les Reuzes, venus des mers du nord.

Au Moyen Âge, la ville de Douai était une cité florissante faisant commerce du drap et du blé car elle était sur la route qui menait de la Hollande aux foires de Champagne et de Paris.

Un majestueux donjon de pierre dominait le paysage de champs et de rivières qui entourait la ville. Cette cité si riche était régulièrement assiégée et appartenait, au fil des guerres, tantôt à la Flandre, tantôt à l'Espagne. Louis XI et Louis XIV dirigèrent eux-mêmes des batailles pour tenter de la reconquérir.

fantasy-blacksmith-1.jpgSous le règne de Charlemagne, un forgeron nommé Jehan Gélon vivait à Cantin, près de Douai. Il était si grand et si lort qu'on l'appelait Gayant. C'était un brave homme, Courageux et joyeux. Pour abriter sa Ianlllle, il avait construit de ses mains une forteresse, qu'on prenait de loin pour une cathédrale. Marie Cagenon, sa belle épouse, avait donné naissance à trois enfants :  la jolie Fillion, le Jacquot (lui serait bientôt plus grand que son père et 'Tiot Binbin, farceur et espiégle, qui n'avait pour seul défaut que de loucher de l'oeil droit. Leur force et leur haute taille étaient des marques de famille. Lorsque le pére de Gayant mourut, il avait fallu trois paires de boeufs pour tirer la charrette qui l'amenait au cimetière.
Gayant était un homme riche car il n'avait pas son pareil pour forger des épées légères et solides tout à la fois. Il avait armé tous les seigneurs des environs, pour ne pas dire du royaume. Son fils aîné travaillait avec lui à la forge depuis son plus jeune âge.

Quand Gayant et Jacquot tapaient sur leur enclume, on entendait le bruit dans toute la région, de Waziers à Sin-le-Noble. Lorsque le silence se faisait, les bourgeois savaient qu'il était temps de travailler. Il était midi ou six heures du soir et les Gayant allaient manger : Marie avait fait rotir dans la cheminée un cochon tout entier et cuire dans le four des pains pesant dix kilos chacun.
Outre qu'il était fort, le géant était sobre comme un chameau. Il avait fait voeu par l'archange saint Michel et son épée dorée de ne boire que de l'eau. Reconnaissons qu'il avait du mérite, dans un pays où la bière est si bonne ! Pour achever le portrait de ce géant, ajoutons qu'il était bon avec les pauvres et les faibles. Il y avait chaque jour à sa table, un pèlerin invité à se reposer quelques nuits, une veuve avec ses enfants ou un aveugle guidé par son chien.

Gayant pleura comme un enfant lorsqu'il apprit la mort de Charlemagne, qu'il avait suivi dans de nombreuses campagnes en Germanie et en Bohème. L'empereur lui avait même commandé une épée en reconnaissance de ses talents de forgeron. Le bon géant avait bien raison d'être triste. Après la mort de l'empereur, des guerres de conquête éclatèrent entre les seigneurs du royaume car chacun convoitait les terres de l'autre. Occupés à se battre entre eux, les chevaliers laissèrent les ennemis envahir le royaume de France. Il en vint de partout, par les plaines, les montagnes et les mers. En Flandre, les Reuzes venus de la mer du Nord débarquèrent sur les plages. Leurs bateaux de bois effrayèrent les habitants à cause de leurs proues à tête de dragon. Ils terrorisèrent la population par leur brutalité et leur sauvagerie. Ils ne se reposaient que lorsqu'ils avaient devant les yeux un village en feu, vidé de ses habitants.

À Douai, on n'avait d'abord pas cru à l'existence de ces barbares cruels et féroces. N'y avait-il pas un géant dans la région, aussi bon et courageux ? Il fallut pourtant bien se rendre à l'évidence lorsque les Reuzes parvinrent aux portes de la cité. Ils avaient tout détruit derrière eux. Du sommet du donjon, on ne voyait plus que fumées noires crevant de leur sinistre trace le beau ciel de Flandre.
Les habitants, apeurés, vinrent chercher refuge chez les Gayant. Voyant tous ces braves gens regroupés dans la cour de sa forteresse, le forgeron décida qu'il était temps de remettre de l'ordre dans la province. Comme le jour se levait, Gayant monta sur ses remparts pour voir de quel côté se dirigeait l'ennemi. Une surprise l'attendait. Pendant la nuit, les Reuzes avaient établi le siège autour du domaine. Un fracas terrible retentit soudain. Des catapultes lançaient des boulets contre les murailles, alors que des guerriers commençaient à escalader les murs en grimpant comme des singes le long des pierres irrégulières.
Sur un geste de Gayant, les femmes jetèrent de l'eau et de l'huile bouillantes sur les Reuzes alors que les hommes leur lançaient des flèches enflammées.
Les Reuzes portèrent alors leurs efforts sur la porte de la forteresse, qu'ils réussirent à forcer avec un immense bélier de bois. Gayant et son fils aîné, armés de leur épée, les attendaient, soutenus par les villageois qui avaient retrouvé leur courage. lls mirent bien vite les ennemis en déroute, faisant tourner leur arme autour de leur tête, taillant en pièces celui qui osait les approcher.
Bientôt, on ne vit plus dans la cour que des cadavres amoncelés, et au loin quelques Reuze qui s'enfuyaient le plus vite possible.
A la fin de la bataille, les villageois entouraient le géant qui leur interdisait de lui baiser les mains. Marie vit avec soulagement son mari et son fils revenir sains et saufs. Elle avait aidé à la victoire en faisant chauffer l'huile et l'eau et en soignant les blessés.

Comme Gayant mourait de soif, elle lui proposa de se rafraîchir :
- Ueux-tu une bonne bière, mon homme. Tu l'as bien méritée
- Allons, Marie, ma femme, as-tu oublié ma promesse à mon saint archange ? Un voeu est un venu. De l'eau, je boirai. J'ai dit et je le ferai.

Marie lui apporta un grand tonneau d'eau fraîche que le géant engloutit d'une traite.
Gayant, s'il était sobre, n'était pas très prudent. Cette eau trop froide lui donna la fièvre et Marie dut pendant des jours et des jours rester au chevet de son mari. Elle lui fit manger de la cervelle de lièvre et boire de la tisane de violette. Elle lui fit avaler de la poudre de pierre précieuse. Rien n'y fit. Ni les saignées du barbier, ni la taupe qu'on lui attacha vivante sur le ventre ne firent tomber la fièvre qui clouait Gayant au lit.

Les Reuzes eurent vent de la maladie de leur terrible ennemi. Ils en profitèrent pour revenir terminer leur ouvrage de destruction. Malgré sa fièvre, Gavant comprit que la Flandre avait encore besoin de lui. Sans écouter les prières de Marie, il se leva de son lit et, tremblant, endossa son armure. I1 était si faible qu'il devait tenir son épée à deus mains.
En sortant de sa forteresse il trouva le courage de crier :
- À moi, l'ennemi, suivez-moi.
Les villageois, revigorés par la bravoure du bon géant, se regroupèrent à sa suite, en hurlant. C'est une troupe déchaînée qui fondit par surprise sur les Reuzes. Les ennemis, persuadés de ne plus rencontrer de résistance à leur conquête de la région étaient tranquillement installés dans un campement près de la Scarpe. Certains pêchaient à la ligne, assis au bord de la rivière. Le courage des Douaisiens menés par leur géant eut vite fait de leur assurer la victoire. Il ne restait plus un seul Reuze vivant lorsqu'ils quittèrent le campement.

Quand Gayant revint à la forteresse, soutenu par Jacquot, il tremblait de tous ses membres. La fièvre l'avait repris de plus belle et ne le lâcha plus. Le géant refusa tous les remèdes, murmurant dans son délire
- Charlemagne, saint Michel, ouvrez-moi la porte du paradis, s'il vous plaît.

Voulant mourir humblement, le géant se fit déposer sur une croix de cendre tracée à même le sol et rendit son dernier souffle.

 

Source : http://asso.nordnet.fr/

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