La fille du géant du Nideck

 


La fille du géant du Nideck (Das Riesenfraulein)

Un château fort élevait autrefois sa tour hardie au milieu des grands bois.
Il abritait, nous raconte la fable.
De fiers géants, de race redoutable.
Or, il advint que l'enfant du Seigneur, fillette blonde à l'oeil d'azur rêveur,
Vit en jouant une poterne ouverte et s'élança dans la campagne verte.
Quel monde neuf, que de choses à voir, maisons, clochers, ruisseaux, vergers
et vignes, prés, champs dorés, croissant partout leur ligne.
Mais en s'avançant ainsi par le vallon, l'enfant joyeuse vit dans les sillons
un laboureur dont la charrue agile d'un soc aigu perce le sol fertile.
Quel beau jouet !
Et s'emparant de tout jusqu'au jouet, dans sa tunique elle met sa trouvaille,
de ses deux mains la serrant à la taille, sans s'émouvoir trop des cris du rustaud.
En quelques bonds, la fillette est en haut, portant toujours sa charge singulière,

dans les replis de l'étoffe légère.
Vois père, vois ce que j'ai pris Ià-bas.
Qu'est-ce ?
Bien sûr, tu ne devines pas, dit-elle, encore de l'aventure émue.
Quoi, fait le père, un jouet qui remue ?
Mais c'est vivant. répond-elle, oh ! vois, vois et dans sa joie, elle étale à la fois,
riant toujours comme on rit à son âge, le villageois tremblant; et son attelage.
Qu'as·tu fait là mon enfant, à l'heure il faut sortir cela de ma demeure, respectons
le travailleur austère qui nous nourrit en cultivant la terre. Sans lui, crois-moi,
nous n'aurions ni pain doré, ni tissu vaporeux, et notre race puise ses forces
et sève dans ses sueurs, son travail sans trêve.

                                                                                      Adelbert von Chamisso

 

Version originale en allemand.

 

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