Le dragon de Metz (le Graoully)

Le Graoully est présenté comme un redoutable dragon, vaincu par les pouvoirs sacrés du premier évêque de Metz. La légende raconte que l’amphithéâtre de Metz est le repaire d’une quantité prodigieuse de serpents, dont l’haleine infestait tellement les environs que personne n’osait plus entrer ni sortir de la ville.

Saint Clément va donc, après la conversion des habitants, apporter son secours à la ville. Après la messe, il se rend à l’amphithéâtre avec, pour seules armes, son étole et ses prières. A son entrée, la foule de serpents se précipite sur l’intrus avec pour seule intention de le dévorer.

Mais saint Clément les arrête à l’aide d’un simple signe de croix. Les serpents devenus inoffensifs, saint Clément choisit le plus grand, qui portera le nom de Graoully plus tard, et l’entraîne au bord de la Seille lui ordonnant de la traverser avec ses congénères, pour disparaître dans des lieux déserts, avec défense de nuire aux hommes et aux animaux.



Le Graoully


Saint Clément et le Graoully
Les auteurs messins se sont souvent plus à présenter la légende du Graoully comme le symbole de la victoire du christianisme sur le paganisme représenté par le dragon malfaisant.

On suppose que le nom Graoully viendrait du terme "grouiller", puisque le dragon vivait selon la légende parmi les serpents grouillant dans les ruines de l’amphithéâtre. Néanmoins le nom de Graoully a des racines multiples et ferait référence à bien des choses. Le radical Graul peut faire penser à l’allemand gräulich, adjectif désignant un objet de couleur sombre, donc effroyable, car il ne faut pas oublier que Metz a toujours été une ville de parler roman. En recourant à celui-ci le choix reste ouvert : le terme graula, usité au XIVème siècle pour désigner la corneille, oiseau noir et donc qui était forcement de mauvaise augure. Ou encore le mot graulus, signifiant "forme hideuse", à l’origine de "gravelure" et de "graveleux".

Le Graoully dans l'imaginaire populaire


Le Graoully devient rapidement un symbole de la ville de Metz et, bien qu’effrayant, est présent dans de nombreuses manifestations.

Au XIème siècle, aux processions de saint Marc et des Rogations, le maire et les justiciers de Woippy, village dépendant du chapitre de la cathédrale de Metz, portent trois bannières aux processions ; une tête de dragons surmonte alors une de ces bannières. Au siècle suivant, l’effigie du monstre est reproduite sur la bannière elle-même. Le premier et le second jour des Rogations, cette bannière jouit d’une préséance sur les deux autres. Mais le troisième jour, elle leur cède le pas et se tient derrière elles. Plus tard, la bannière fut remplacée par une grande effigie du Graoully.

Rabelais décrit l’effigie dans le Quart-Livre : « C’estoit une effigie monstrueuse, hydeuse et terrible aux petits enfants, ayant les yeulx plus grands que le ventre, et la teste plus grosse que tout le reste du corps, avecques amples, larges et horrifiques maschoueres, bien endentelées tant au-dessus comme au-dessoubs, lesquelles, avecques l’engin d’une petite chorde cachée dedans le baston doré, l’on faisait l’une contre l’aultre terrifiquement cliqueter, comme à Metz l’on faict du dragon de Sainct Clemens. »


Procession du Graoully
Au XVIIIème siècle, le Graoully est présenté sous la forme d’une figure en toile emplie de foin et haute de douze pieds. Les mâchoires ne remuent plus, et la langue se termine par une pointe de fer. Chaque boulanger, devant lequel passe la procession, y fiche un petit pain blanc d’une demi-livre. Ce pain est destiné au porteur du dragon, c’est à dire anciennement au maire de Woippy. Plus tard, ce magistrat se fait remplacer par quelque pauvre homme bien content de l’aubaine. A la fin de la procession, une jeune fille pique dans le dard un gâteau orné de rubans et de fleurs.

Dans leur Histoire de Metz, les bénédictins rapportent que le dernier jour des Rogations, des enfants fouettaient le monstre dans la cour de l’abbaye de Saint Arnould dernière station de la procession. Après 1786, les gamins lui jetaient des pierres en fin de parcours, devant le palais du Gouvernement (actuel palais de justice).

Mais cette procession donna lieu à certains désordres. Aussi est-elle supprimée vers la fin du XVIIIème siècle.
Le Graoully dans l'art et la littérature

Le Graoully prend place dans plusieurs œuvres, en peinture, en musique ou en littérature.
Rabelais, ayant séjourné à Metz, se souvient des "amples, larges et terrifiques mâchoires" de l’animal ; comme il le décrit dans son Quart livre. Bien que peu connu du public, Le Quart livre est cependant d’une très grande valeur historique.

Trois siècles plus tard, Verlaine enfant n’est pas moins effrayé par "le monstre en carton". Quant à Victor Hugo, il note, au sujet du dragon messin et de ses congénères de Troyes ou de Tarascon, que "toutes ces créations puisent dans leur propre nature cet accent énergique et profond devant lequel il semble que l’Antiquité ait parfois reculé".


Saint Clément et le Graoully d'Auguste Migette
Peintre, professeur de dessin, décorateur de théâtre, Auguste Migette (1802-1884) incarne la figure de l’artiste curieux et éclectique.

Féru d'histoire locale et d'architecture, il a intégralement légué à la Ville de Metz les oeuvres et les manuscrits qu'il a produits sa vie durant, lesquels constituent un témoignage exceptionnel. Il fait de nombreux croquis et dessins retraçant les monuments anciens avant qu’ils ne disparaissent et des peintures monumentales représentant les grands moments de l’histoire locale.

Passionné d’histoire médiévale, Migette s’intéresse rapidement à la représentation des épisodes majeurs de l’histoire messine, et il crée par ailleurs un dessin à l’encre de chine(ci-contre), daté de 1864, représentant saint Clément, premier évêque de Metz, près des ruines de l'amphithéâtre. Cette admirable composition figurant la scène du départ du saint et du serpent de l’amphithéâtre est certainement l’une des œuvres les plus fameuses de l’artiste.
Le Graoully, aujourd'hui
Devenu un des symboles de la ville, on retrouve régulièrement le Graoully au cours de l'histoire. Ainsi, jusqu'au XIXème siècle, son effigie, sous la forme d'un dragon, est promenée dans toute la ville avant d'être fouettée par les enfants. On peut aujourd'hui le voir représenté dans la crypte de la cathédrale de Metz.

On trouve de manière quasi-permanente une sculpture du Graoully accroché en l'air dans la rue Taison, près de la cathédrale. Cette rue doit son nom au Graoully, qui a effrayé des générations d'enfants. Les habitants n'osaient en effet pas sortir dans cette rue la nuit, de peur de rencontrer le terrible dragon et disaient: " Taisons, taisons-nous, voilà le Graoully qui passe ! "


Le Graoully de la crypte de la cathédrale de Metz


Blason du FC Metz
Le Graoully figure aussi sur le blason du Football Club de Metz. Ce n'est qu'après la guerre que le blason du club messin prend comme emblèmes le dragon grenat sur fond blanc et la croix de lorraine blanche sur fond grenat.

 

 

Source : www.culture-routes.lu

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