Le Saint au Cerf

 

Le village de Lannédern groupe quelques maisons autour de son église et son ossuaire gravé de masques macabres (l'Ankou, toujours lui). Dans l'église, fermée en dehors des offices, six panneaux de pierre sculptée évoquent la légende de saint Edern, représenté chevauchant son cerf sur le calvaire qui se dresse au beau milieu du cimetière. Saint Edern, un moine irlandais de la Légende Dorée, s'est d'abord fait connaître en terre douarneniste, où la petite vache qui constituait son seul cheptel donnait les plus beaux blés aux champs où elle vagabondait. Mais il est surtout connu pour le cerf venu se mettre sous sa protection, alors qu'il était traqué, et pour ses démêlés avec sa soeur Jenovefa. 

Cette dernière s'est fixée à Loqueffret, et lui en ce lieu auquel il devait donner son nom. Chacun a construit son église et, pour délimiter leur territoire, il a été conclu que reviendrait au frère le domaine qu'il aurait parcouru entre la tombée de la nuit et le chant du Coq. Edern, chevauchant son compagnon, le cerf a parcouru une distance considérable et arrivait aux portes de Loqueffret lorsque sa soeur, voyant sa paroisse lui échapper, a fait crier un coq en le plongeant dans l'eau d'une auge. Il en est résulté une solide brouille entre le frère et la soeur qui ont chacun maudit l'église de l'autre : celle d'Edern ne devait jamais avoir de haut clocher, et celle de Jenovefa devait voir ses cloches se fêler.

 

 

 

Version d'Anatole Le Braz, extraite du livre « Les saints Bretons en Cornouaille d’après la tradition populaire » :

"J'ai cru devoir intercaler ici cette gwerz qui m'a été chantée en pays trégorrois par un conducteur de voiture publique, originaire de Plouvorn. Il paraît qu'elle existe aussi en imprimé, et le bénédictin Dom Plaine doit prochainement la donner, sous cette dernière forme, dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère."

"Écoutez tous (gens de cette) compagnie, écoutez  chanter la vie, la vie de Monsieur saint Edern, le patron de Plouédern. Dans l'île nommée Irlande, à ce qu'il est marqué, naquit le saint, homme puissant, homme de beauté en son corps et en son esprit de ses biens, dès sa jeunesse il fit de bonne heure fi et mépris, pour chercher la royauté du ciel et le salut de son âme.

De ses parents il prit congé, à son pays il dit adieu, et  par mer, il se rendit en Bretagne pour y prêcher la foi. En un lieu, sur la grève de Cornouaille, tout proche de Douarnenez, et appelé le Juch maintenant encore, avec son esquif il prit terre. Il s'est mis en quête d'un lieu paisible, pour être à l'écart de la foule ; sa hutte, il se la construit dans un bois, à deux ou trois lieues de Quimper. Indifférent à toutes les intempéries, sa vêture était misérable ; pour lit il avait la terre froide et pour oreiller une Pierre. Il portait des cilices de crin, ne vivait que de pain noir et des herbes de son jardin, sans jamais boire goutte de vin. Pendant une moitié de la nuit, la prière était son seul repos. Il était pour lui-même sans pitié, et pour le prochain, plein de mercis.

Cependant, les langues mauvaises du monde cherchèrent à compromettre sa réputation ; il se résignait à la méchanceté des gens ;il se résignait à tous leurs mépris... Le seigneur de Quistinit se fâcha contre la petite vache du saint, au point de lâcher sur elle sa meute ; la bête en resta sur la place. Vint Edern, à ce qu'on raconte ; il ne prononça qu'une parole, et la vache de se relever et de sortir du champ du seigneur de Quistinit. Déréglée, disait-on, était la bête, car elle n'épargnait les terres de personne ; chacun s'en plaignait dans le quartier et prétendait qu'elle était voleuse. Mais ces gens-là ne savaient pas que Dieu fait des miracles quand il le juge bon. Là où la vache avait pâturé poussait aussi le meilleur blé...

Dieu inspira à l'ermite l'envie de se retirer ailleurs, car son cœur n'était ouvert ni à la louange ni à la gloire. A travers la Cornouaille il courut beaucoup de pays jusqu'à ce qu'il trouva un petit coin écarté, et là, il éleva une hutte où prier et faire pénitence. Là il fit plus d'un miracle, si bien que sa réputation se répandit. Il n'y avait sorte de peine ni de maladie à, qui il ne sut trouver remède. Une fontaine était tout près du lieu où il éleva sa hutte ; Edern y fit bâtir à la Vierge Marie une chapelle.Maintenant elle se nomme Lannédern ; on y prie saint Edern. Là il fit durant sa vie plus d'un miracle, et encore après.

Un gentilhomme chassait.Poursuivie par ses chiens la bête se réfugia dans la loge du saint comme pour y chercher abri et protection. C'était un cerf ; quand il aperçut saint Edern, devant lui il se prosterna pour se recommander à lui et le supplier de le recevoir en sa maison. Or, ce cerf demeura près d'Edern, à partir de ce moment ; il paissait aux environs tout le jour et rentrait chaque soir au logis. Le seigneur fut étonné de voir une telle merveille s'accomplir ; en sorte qu'Edern dut lui révéler la puissance de Dieu et sa bonté. Le seigneur qui ignorait ces choses s'inclina devant l'homme de Dieu, et le pria du fond du cœur de demander pour lui pardon.

À ce que l'on raconte, le duc de Bretagne se trouva un beau jour passer auprès de l'ermitage. A Edern s'adressa son page ; Edern était en oraison et ne retourna point la tête. A cause de cela, il reçut incontinent un soufflet de l'homme brutal. Edern, sur l'exemple de son maître Jésus, était homme doux et humble et n'en conçut aucun ressentiment, joyeux d'être ainsi humilié. Mais aussitôt, à ce que l'on dit, le duc et ses gens furent aveuglés, car Dieu était fort courroucé de voir frapper son serviteur. Le duc et ses compagnons, en cherchant à gagner le pays de Léon,se trouvèrent mortellement gênés de ce qu'ils ne pouvaient se diriger dans le pays. Saint Edern de faire une prière pour demander que la lumière leur fût rendue ; saint Edern de tout son cœur demande pour eux pardon. Le duc fit vœu de bâtir une église dans le lieu où il se trouverait à l'heure où il recouvrerait la vue, afin d'en perpétuer la mémoire pour jamais. Et, pour la gloire de son serviteur, Dieu se fit leur guide, en sorte qu'ils arrivèrent au pays de Léon et, là, ils obtinrent leur pardon ; là, recouvrèrent la vue le duc et ses compagnons, dans le lieu où s'éleva Plouédern avec une église à saint Edern.

En septembre, le premier jour, on y célèbre sa fête, car c'est ce jour-là qu'il s'alla reposer avec Jésus, dans son Paradis."

Saint-Edern

 

Sources : http://kergranit.free.fr
               www.bretagne.com
               "Les saints Bretons en Cornouaille d’après la tradition populaire" Anatole Le Braz

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